Le PMU parie sur le rugby

PMU / RugbyL’entreprise de paris hippiques a signé un contrat de partenariat avec la Ligue nationale de rugby (LNR). Pendant trois ans, le PMU sera partenaire officiel du Top 14 et Pro D2 au même titre que la Société Générale et la GMF, partenaires historiques du rugby.

Avec cet accord, le PMU va pouvoir faire d’une pierre deux coups : il ajoute un nouveau sport et un nouvel événement à son portefeuille déjà fourni. Omniprésent sur le Tour de France — partenaire officiel du Maillot Vert, caravane publicitaire, relations publiques –, le Pari Mutuel Urbain est également fournisseur officiel à Roland Garros. D’autre part, il profite d’un sport qui gagne en popularité et en médiatisation, à moins de deux ans de la Coupe du Monde en France (Lire l’article : “Allez au contact !”).

Lors de ses événements, le PMU capte l’attention d’un large public en organisant des concours de pronostics en rapport avec le sport sponsorisé (tennis, cyclisme). S’il ne s’agit pas à proprement parler d’une diversification, ce type d’opération pourrait cependant être amené à s’intensifier ou se développer dans certains sports… comme le rugby. On pourrait alors imaginer un Cote & Match version PMU. Pas sûr que cela soit du goût de son (seul) concurrent, la Française des Jeux.

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A lire : Le Stade Français fait son show
En savoir plus : Les partenaires de la LNR, Le sponsoring du PMU

Le Stade Français fait son show

Ce match de championnat du 15 octobre 2005 opposant le Stade Français au Stade Toulousain restera dans les annales du sport français. Pour ce choc des Stades, Max Guazzini, président du Stade Français et Pascal Simonin, directeur général délégué du consortium Stade de France, avaient vu les choses en grand. A match de prestige, stade de prestige. Comptant donc sur le prestige de l’affiche, les deux hommes s’étaient donnés pour objectif de remplir le Stade de France et ses 80.000 places… Et l’affaire fut entendue 15 jours avant le match. Parler de succès de l’opération — jouer à guichets fermés, mobilisation des supporters et amateurs de rugby, forte médiatisation — serait un euphémisme.

Un spectacle sur et en dehors du terrain

Si l’opération n’était pas sans risques, notamment sur le plan financier, elle a été préparée de main de maître pour placer le spectacle et la fête au coeur de cette rencontre de Championnat. Ainsi, à l’instar des matches de NBA ou de NFL* où les pom-pom girls et autres animations envahissent le terrain à chaque pause, les spectateurs du Stade de France ont eu droit aux fameuses pom-pom girls et à un karaoké géant avant le match et pendant la mi-temps. Le spectacle était également dans les tribunes : drapeaux, confetti, serpentins, supporters maquillés… Tout a été savamment orchestré pour faire de ce match une belle fête du sport.

Une formidable opération de promotion pour le rugby

Si le match n’a pas forcément brillé sur le plan sportif, le spectacle et l’ambiance ont été en tous les cas assurées. Le résultat de cette opération ambitieuse et festive est donc largement positif. Il a pu mettre en évidence un certain nombre de valeurs du rugby telles que le sens du collectif, la convivialité, le respect. Au final, en termes d”image, ce match est à marquer d’une pierre blanche pour le rugby français. En effet, si les grosses affiches du Top 14 mobilisent les supporters, elles n’avaient encore jamais fait autant parlé d’elles. De quoi décomplexer les amateurs de rugby par rapport aux rencontres médiatisées du football français du type Olympique de Marseille / Paris Saint-Germain.
Fort de ce premier succès, le Stade Français et les organisateurs du Stade de France remettront le couvert le 4 mars 2006 pour un autre choc de ce Top 14 : ce sera contre le Biarritz Olympique, Champion en titre.

Julien Hermetet
Le Blog du sponsoring sportif

*NFL = National Football League, i.e. Ligue de Football Américain

En savoir plus : Stade Français, Stade Toulousain, Ligue Nationale de Rugby, Consortium du Stade de France
Crédit photo : Photo C.B. / 20h.com

Le Coq Sportif prend la nationalité suisse

Le Coq SportifL’équimentier français emblématique a été repris (70% du capital) par un fonds d’investissement suisse, Airesis. Ce fonds, spécialisé dans le rachat de sociétés où il existe un décalage entre la notoriété et le CA, et qui possède notamment Boards & More (marques Mistral, F2 et Fanatic) trouve là une occasion d’enrichir son portefeuille de marques de sport.

Fondé officiellement par Emile Camuset en 1948, le Coq Sportif s’est vu racheter à de nombreuses reprises ces 30 dernières années. En 1974, l’ancien partenaire Adidas se voit confier le contrôle de l’entreprise, qu’il revendra quelques 20 ans plus tard à la Brown Shoes Company. Gallo France, un groupe d’entrepreneurs alsaciens, rachètera finalement l’entreprise en 1998.

C’est la politique de sponsoring - ambitieuse et récompensée - du Coq Sportif qui a forgé son prestige, toujours intact : équipe de France d’athlétisme (JO de Rome et Budapest) et de football, ainsi que les cyclistes du Tour de France dans les années 60. Dans les années 80, le Coq fait le pari gagnant de Noah qui remporte Roland Garros et des Verts de Saint-Etienne qui gagnent leur 10è Championnat.

Aujourd’hui, la marque est certes toujours présente dans le sport (football, tennis, running) mais c’est la gamme “vintage” ou “rétro” avec les collections d’Agnès B. ou Jean-Charles de Castelbajac qui représente le plus beau potentiel de croissance. Les produits ” mode” vendus beaucoup plus chers que les produits “techniques” bénéficient d’une marge importante (souvent 30% du prix). A l’instar de Puma, le Coq base sa communication sur quelques “coups” médiatiques décalés, tel la tenniswoman belge Justine Hénin-Ardenne, l’équipe de football du Sénégal et de Nantes.

Après Rossignol passé dans le giron de l’américain Quiksilver et Salomon dans le giron d’Adidas puis d’Amer Sport (marques Wilson, Atomic, Oxygen…), c’est une autre marque française de sport qui passe sous pavillon étranger. Le prestige et la notoriété de ces marques ont-elles été suffisamment exploitées ? En tout cas, il semble que c’est bien le potentiel publicitaire qui attire les groupes vers ces marques. Associer des produits attractifs à une plus grande force de frappe médiatique devrait avoir plus d’impact. Mais, face aux géants du secteur Nike et Adidas-Reebok, une communication “décalée”, certes plus intense, devrait être plus productive qu’une communication “ordinaire”.

J.H.
Le Blog du sponsoring sportif

En savoir plus : Airesis, Le Coq Sportif

Sources : AFP, LCS, Airesis
Crédit photo : LCS

“Allez au contact !”


Tel est le slogan de la prochaine Coupe du Monde de Rugby qui se déroulera en France du 7 septembre au 20 octobre 2007.
Deux ans en amont d’un tel événement – dont la gigantesque organisation et la médiatisation à venir ne sont pas sans rappeler le Mondial de Football en 1998, le Comité d’Organisation oriente dès maintenant sa communication vers le caractère sportif, mais surtout festif et ludique d’une telle manifestation. Pourquoi donc ? Une Coupe du Monde est de toute évidence une fête mais le rugby mondial doit capitaliser sur ses valeurs, sa récente professionnalisation et son jeu pour intéresser les (télé)spectateurs afin de poursuivre son développement.

Les handicaps du rugby français et international

Le rugby n’est pas un sport universel. Contrairement au football présent dans toutes les régions du monde (les Etats-Unis étant l’exception qui confirme la règle), le rugby est implanté culturellement dans seulement une quinzaine de pays au premier rang desquels on trouve la Grande-Bretagne – Angleterre, Pays de Galles, Ecosse, Irlande – et d’anciennes colonies ou dominions de l’hémisphère Sud – Australie, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud. A cela, rajoutons quelques pays latins d’Europe – France, Italie, Roumanie – et d’Amérique du Sud – Argentine, Chili, Uruguay. Au niveau mondial, le rugby apparaît donc clairement comme un sport confidentiel. Comment ne serait-ce que susciter un minimum d’intérêt pour des continents qui ne connaissent même pas ce sport ? L’Amérique du Nord, l’Asie et l’Afrique sont complètement absents des débats, ce qui est dommageable en termes de droits TV et de médiatisation.
Ce déséquilibre géographique mondial prévaut également à l’échelle de la France. Le sud-ouest concentre à lui seul les deux tiers de l’élite; quant au sud de la Loire, il atteint carrément les 90% des clubs. Comment procéder à un rééquilibrage alors que la boussole indique désespérément le Sud ? Deux problèmes de taille doivent être résolus. D’une part, le Nord ne possède clairement pas le niveau des équipes du Sud. D’autre part, l’attrait du rugby est moindre dans les régions et ce essentiellement pour des raisons culturelles. Aides financières de la Ligue nationale de Rugby (LNR) et médiatisation de ce sport et de ces sportifs sont sans doute des éléments de réponse.
Le manque de stars dans le rugby qui pourrait favoriser l’intérêt pour ce sport vient a priori des valeurs mêmes de ce sport : solidarité du groupe, suspicion envers l’individualisme, proximité entre joueurs et fans, goût pour le combat physique. Pourtant, certaines valeurs ne semblent pas résister à la professionnalisation et à la médiatisation de ce sport. Comme en témoigne l’important battage médiatique autour de l’équipe des All Blacks, représentée par leur charismatique leader Jonah Lomu. En comparaison, la starisation des joueurs français est encore frémissante. On retiendra néanmoins que, depuis la demi-finale gagnée face à cette même équipe de Nouvelle-Zélande en 1999, et l’édition du calendrier « Les Dieux du Stade » depuis 2001, un certain star system commence à apparaître chez les rugbymen professionnels.

Professionnalisation et médiatisation récentes

En termes de médiatisation sportive sur les chaînes hertziennes françaises, le rugby apparaît en deuxième position en 2001 avec 260 heures, loin derrière le football qui totalise 2,5 fois ce score. Pourtant, cette apparente faiblesse de diffusion télévisuelle est à relativiser lorsque l’on sait la récente professionnalisation du rugby, enclenchée à partir des années 1995.
Les corollaires de cette professionnalisation sont bien sûr une réorganisation des structures (clubs, fédérations, ligues) et de l’entraînement du rugbyman de haut niveau, ainsi qu’un réaménagement du calendrier – passage de la D1/D2 avec 21 clubs dans chaque division au Top 16/Pro D2 et enfin à l’actuel Top 14/Pro D2. Cette meilleure lisibilité du Championnat de France semble porter ses fruits en terme de spectacle (joli jeu, intensité des matchs) et d’audience directe (+23% de spectateurs lors des cinq premières journées par rapport à la saison dernière). Mais il est encore trop tôt pour savoir si cette tendance va se confirmer sur la saison entière pour le Championnat et la Coupe d’Europe.

La chance et le défi du Mondial 2007

A la manière de journées « Portes Ouvertes », les précédentes Coupes du Monde ont été la vitrine du rugby de haut niveau. Au pays de Galles (1999) comme en Australie (2003), l’audience cumulée totale a été évaluée à plus de 3 milliards de téléspectateurs. Les Coupes du Monde sont donc une opération séduction à grande échelle favorisant la médiatisation, notamment télévisuelle, du rugby. Le phénomène est également observable à l’échelle locale. Ainsi, les résultats du XV de France aidant, la demi-finale France-Angleterre a été suivie par plus de 9,4 millions spectateurs (68% PDM) en 2003.
Le comité d’organisation doit donc intégrer ses données et commencer, deux ans avant l’échéance, à informer et à communiquer. Plusieurs manifestations sont d’ores et déjà prévues telles que des opérations de sensibilisation et anniversaires de clubs centenaires.
Peugeot, GMF, EDF et la Société Générale font partie des six partenaires mondiaux de l’International Rugby Board (IRB). Quels points communs pour ces sociétés ? Elles sont toutes françaises et très impliquées dans le sponsoring du rugby français. Les organisateurs peuvent se réjouir d’avoir avec eux des partenaires crédibles, actifs qui seront également de formidables relais d’opinion.
Dans les études d’audience, on relève une présence féminine importante parmi les téléspectateurs. On pourrait même parler de quasi-parité homme/femme (41%) lors de certaines affiches. Il y a donc là un vrai potentiel à creuser chez les institutions du rugby. On peut noter que le même phénomène a eu lieu lors de France 1998. Mais la concrétisation sur la durée semble difficile.

Vers quelle médiatisation ?

Afin d’élargir le débat, on peut se demander à juste titre quel est l’équilibre entre la médiatisation d’un sport et la possible dénaturation de celui-ci ? ou plutôt quel rapport d’équilibre y a t-il entre les chaînes de télévision qui proposent un spectacle à leurs téléspectateurs d’un côté, et les représentants du sport – sportifs, clubs, fédérations ?
Si l’on considère que faire évoluer les règles de certains sports pour les rendre plus spectaculaires lors de leur diffusion peut être valable, il ne peut sans doute pas en être autant à moyen terme si l’esprit du jeu et ses valeurs ont été oubliés et compromettent le renouvellement des licenciés, de l’élite pour finalement condamner ce sport. Comme pour tout, un certain équilibre est nécessaire.

Julien Hermetet

Sources : AFP, INA, La lettre de l’économie du sport, IRB, « Rugby d’ici, une manière d’être au monde » par Sébastien Darbon.
Crédit photo : IRB
En savoir plus : France 2007, IRB, LNR