CAN 2006 : à l’heure de la médiatisation

La retransmission sur TF1 de la finale de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN), qui opposait l’Egypte à la Côte d’Ivoire, a rassemblé 4,2 millions de téléspectateurs, soit plus de 30 % de PDM, avec un pic à 9,4 millions lors des tirs au but. Le public français a donc largement répondu présent à l’événement majeur du football africain. La présence de joueurs médiatisés et talentueux (Drogba, Eto’o…) ainsi que l’importance de la filière africaine dans les clubs de Ligue 1 sont des éléments d’explication.

Si l’on peut tirer un bilan de cette CAN 2006, on se souviendra d’un “excellent niveau d’ensemble technique, tactique et physique” dixit Roger Lemerre — qui laisse espérer de belles choses en Allemagne –, d’un arbitrage parfois aléatoire, d’un programme de partenariats intéressant mais avec une marge importante — les sponsors étaient MTN, EgyptAir, BlueSky, Tamoil, Canon, LG — et d’un public présent et en délire pendant les matches des Pharaons égyptiens.

En revanche, le gros point noir réside dans le manque de spectateurs lors des matches où ne participait pas l’Egypte, c’est-à-dire la majorité des matches. En termes de médiatisation, l’image de tribunes vides est évidemment très mal vue par les sponsors. L’armée a même été réquisitionnée pour “remplir” le stade…
En tous les cas, les aspects marketing, billetterie et promotion de l’événement sont clairement les axes de développement pour les futures Coupe d’Afrique.

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En savoir plus : CAN - Egypte 2006

Service gagnant pour l’Open d’Australie

Si l’Open d’Australie n’a pas le prestige qu’ont les trois autres tournois du Grand Chelem, force est de constater qu’il se porte bien ! Il vient en effet de battre son précédent record de fréquentation qui datait de l’année dernière — l’année du Centenaire du Tournoi — en enregistrant plus de 550.000 spectateurs sur la quinzaine. Côté billetterie, c’est donc une affaire qui marche ; la référence restant l’US Open avec ses 660.000 entrées en 2005 !

Melbourne Park est le seul endroit au monde à posséder deux stades intégrant un toit rétractable. Idéal pour jouer par tous les temps (grosse chaleur, pluie…) ce qui garantit à la fois les recettes de billetterie et les retransmissions télévisuelles. L’Open d’Australie innove également avec les “sessions du soir” qui permettent d’attirer un public qui travaille en journée.

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Le p’tit + : Lors de mon stage aux Internationaux de Strasbourg, 2è tournoi WTA en France, nous avions justement programmé une rencontre en fin d’après-midi pour répondre à la cible professionnelle fan de tennis.
Si vous vous intéressez aux enjeux du tennis mondial, lisez donc l’article “Grand Slam Today’s Challenges”.

En savoir plus : Open d’Australie

Londres 2007 : Grand Départ du Tour de France

Amaury Sport Organisation a confirmé le départ du Tour de France 2007 depuis la capitale britannique. L’an passé, le choix de Londres avait déjà été évoqué par la Direction du Tour.

Pour la 16è fois depuis 1954, le Grand Départ du Tour s’exporte. Et depuis la fin des années 80, le Tour s’élance régulièrement depuis l’étranger, tous les trois ans en moyenne. Récemment, on se souvient de Dublin (1998), Luxembourg (2002) et Liège (2004). Il faut dire que c’est une formidable campagne de promotion d’un pays et d’une ville auprès des partenaires, du public et des médias internationaux. De plus, lors des Grands Départs et des incursions du Tour à l’étranger, la ferveur y est encore plus grande qu’en France. Pensez à l’Allemagne ou à l’Espagne.

Après la désignation de la ville olympique pour les JO 2012, le choix de l’Angleterre et de Londres est une vraie opération de prestige. Cela devrait développer le potentiel médiatique de l’événement outre-manche. Le ticket d’entrée est évalué à un peu plus d’un million d’euros. Rappelons que Strasbourg d’où s’élancera le Tour 2006 a déboursé 1,2 million d’euros pour la ville-hôte du Grand Départ. Le parcours complet de l’édition 2007 sera dévoilé à l’automne 2006.

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Le p’tit + : Ayant fait partie de l’équipe de Relations Publiques sur le Tour de France 2005, j’insiste sur l’importance des retombées pour la ville du Grand Départ. L’ensemble des suiveurs (sponsors, médias, organisateurs) sont présents 5 jours avant le prologue : présentations diverses, conférences de presse, distribution des accréditations… N’oublions pas que tout ce petit monde mange et dort… Et que les caméras du monde entier sont braquées sur la région en question.

En savoir plus : ASO, Tour de France

Lyon : un Roi populaire

D’après un sondage CSA/Le Parisien, l’Olympique Lyonnais fait l’unanimité : largement plébiscité par les Français (26%) en notoriété spontanée, il devance pour la première fois les deux frères ennemis — l’Olympique de Marseille et le Paris St Germain — qui obtiennent respectivement 24 et 16% des suffrages.

Après les succès sportif et commercial, le succès populaire

Cette préférence populaire en faveur du club rhodanien est une grande première. Longtemps, l’OL a souffert d’un déficit de popularité malgré des performances régulières en Championnat de France et dans les compétitions européennes. Aujourd’hui, ce sont justement la “stabilité dans la performance” ainsi qu’une forte crédibilité européenne qui justifient son estime, selon le président Jean-Michel Aulas. L’Olympique Lyonnais bénéficie en effet d’un large soutien à la fois intergénérationnel (hommes, étudiants) et interprofessionnel (CSP + et -).

Les résultats de ce sondage sont d’autant plus encourageants pour l’OL que les moins de 18 ans n’ont pas été pris en compte. Or, une large majorité d’entre eux supporte les Gones. Ces jeunes supporters n’ont pas connu les années de gloire de l’OM — Champion de France de 1989 à 1993, Vainqueur de la Ligue des Champions en 1993. Ainsi, contrairement aux aficionados “adultes”, Lyon est leur club de référence.

Référence, l’Olympique Lyonnais l’est également en gestion de club : marketing, sponsoring, merchandising… Premier budget de Ligue 1 avec plus de 90 Mio €, l’OL reste néanmoins un petit poucet face aux géants européens — Manchester United : 248 Mio €, Real Madrid : 226 Mio €, sans oublier la Juventus de Turin, le Milan AC et Chelsea qui tournent à plus de 200 Mio €. Dans le cadre de son développement, l’OL doit négocier deux dossiers particulièrement importants : un projet de stade — 55.000 places (42.000 actuellement) — et une possible introduction en Bourse du club.

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A lire : L’OM, « vache à lait » du football français
En savoir plus : OL - site officiel / Crédit photo : OL

Le Marathon de Paris part du bon pied

MarathonLe Marathon de Paris qui se déroulera le 9 avril 2006 a d’ores et déjà atteint sa limite maximale, soit 35.000 inscriptions. L’événement qui fêtera ses 30 ans au printemps prochain fait donc mieux que l’an passé où la clôture avait eu lieu début janvier. C’est donc une jolie opération pour le Pôle “Athlétisme” du groupe ASO. Mais s’il s’agit d’un succès populaire au niveau des participants, en sera-t-il autant côté spectateurs ?

Objectif public !

Le Marathon de Paris fait partie des nouvelles manifestations sportives de masse où les facteurs d’exploration de soi-même et de rencontre avec les autres prédominent dans un milieu non standardisé ; les acteurs étant généralement beaucoup plus nombreux que les spectateurs (Gresser et Bessy, 1999).
A Paris, les marathoniens sont en constante augmentation (+25%) depuis 3 ans. Pourtant, la mayonnaise ne prend pas du côté des spectateurs. Evalué à 200.000 personnes, le public est plutôt modeste par rapport à ses concurrents que sont New York et Londres qui eux rassemblent entre 500.000 et 800.000 spectateurs. Si le marathon de New York est l’un des plus difficiles , il est également le plus célèbre du monde. Le parcours traverse tous les quartiers de la ville donnant lieu à une véritable fête populaire tout au long des 42,195 kilomètres. Quant au marathon de Londres, il apparaît comme le “Téléthon” anglais, mobilisant associations, donateurs et charities.
L’organisateur doit être sensible ou tout du moins faire preuve d’empathie quant aux préoccupations des riverains (arrêt de la circulation, problème de stationnement, bruit, déchets…). De plus, les animations déployées tout au long du parcours sont un moyen de mobiliser le public d’un quartier. En tout cas, il s’agit là d’un travail de longue haleine qui portera vraisemblablement ses fruits dans plusieurs années, lorsque les Parisiens se seront approprié l’événement.

Julien Hermetet
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En savoir plus : Marathon de Paris, Marathon de New York, Marathon de Londres ; Crédit photo : ASO / Marathon de Paris
A lire : Organiser un évènement sportif de Michel Desbordes, Julien Falgoux, 2004

“Allez au contact !”


Tel est le slogan de la prochaine Coupe du Monde de Rugby qui se déroulera en France du 7 septembre au 20 octobre 2007.
Deux ans en amont d’un tel événement – dont la gigantesque organisation et la médiatisation à venir ne sont pas sans rappeler le Mondial de Football en 1998, le Comité d’Organisation oriente dès maintenant sa communication vers le caractère sportif, mais surtout festif et ludique d’une telle manifestation. Pourquoi donc ? Une Coupe du Monde est de toute évidence une fête mais le rugby mondial doit capitaliser sur ses valeurs, sa récente professionnalisation et son jeu pour intéresser les (télé)spectateurs afin de poursuivre son développement.

Les handicaps du rugby français et international

Le rugby n’est pas un sport universel. Contrairement au football présent dans toutes les régions du monde (les Etats-Unis étant l’exception qui confirme la règle), le rugby est implanté culturellement dans seulement une quinzaine de pays au premier rang desquels on trouve la Grande-Bretagne – Angleterre, Pays de Galles, Ecosse, Irlande – et d’anciennes colonies ou dominions de l’hémisphère Sud – Australie, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud. A cela, rajoutons quelques pays latins d’Europe – France, Italie, Roumanie – et d’Amérique du Sud – Argentine, Chili, Uruguay. Au niveau mondial, le rugby apparaît donc clairement comme un sport confidentiel. Comment ne serait-ce que susciter un minimum d’intérêt pour des continents qui ne connaissent même pas ce sport ? L’Amérique du Nord, l’Asie et l’Afrique sont complètement absents des débats, ce qui est dommageable en termes de droits TV et de médiatisation.
Ce déséquilibre géographique mondial prévaut également à l’échelle de la France. Le sud-ouest concentre à lui seul les deux tiers de l’élite; quant au sud de la Loire, il atteint carrément les 90% des clubs. Comment procéder à un rééquilibrage alors que la boussole indique désespérément le Sud ? Deux problèmes de taille doivent être résolus. D’une part, le Nord ne possède clairement pas le niveau des équipes du Sud. D’autre part, l’attrait du rugby est moindre dans les régions et ce essentiellement pour des raisons culturelles. Aides financières de la Ligue nationale de Rugby (LNR) et médiatisation de ce sport et de ces sportifs sont sans doute des éléments de réponse.
Le manque de stars dans le rugby qui pourrait favoriser l’intérêt pour ce sport vient a priori des valeurs mêmes de ce sport : solidarité du groupe, suspicion envers l’individualisme, proximité entre joueurs et fans, goût pour le combat physique. Pourtant, certaines valeurs ne semblent pas résister à la professionnalisation et à la médiatisation de ce sport. Comme en témoigne l’important battage médiatique autour de l’équipe des All Blacks, représentée par leur charismatique leader Jonah Lomu. En comparaison, la starisation des joueurs français est encore frémissante. On retiendra néanmoins que, depuis la demi-finale gagnée face à cette même équipe de Nouvelle-Zélande en 1999, et l’édition du calendrier « Les Dieux du Stade » depuis 2001, un certain star system commence à apparaître chez les rugbymen professionnels.

Professionnalisation et médiatisation récentes

En termes de médiatisation sportive sur les chaînes hertziennes françaises, le rugby apparaît en deuxième position en 2001 avec 260 heures, loin derrière le football qui totalise 2,5 fois ce score. Pourtant, cette apparente faiblesse de diffusion télévisuelle est à relativiser lorsque l’on sait la récente professionnalisation du rugby, enclenchée à partir des années 1995.
Les corollaires de cette professionnalisation sont bien sûr une réorganisation des structures (clubs, fédérations, ligues) et de l’entraînement du rugbyman de haut niveau, ainsi qu’un réaménagement du calendrier – passage de la D1/D2 avec 21 clubs dans chaque division au Top 16/Pro D2 et enfin à l’actuel Top 14/Pro D2. Cette meilleure lisibilité du Championnat de France semble porter ses fruits en terme de spectacle (joli jeu, intensité des matchs) et d’audience directe (+23% de spectateurs lors des cinq premières journées par rapport à la saison dernière). Mais il est encore trop tôt pour savoir si cette tendance va se confirmer sur la saison entière pour le Championnat et la Coupe d’Europe.

La chance et le défi du Mondial 2007

A la manière de journées « Portes Ouvertes », les précédentes Coupes du Monde ont été la vitrine du rugby de haut niveau. Au pays de Galles (1999) comme en Australie (2003), l’audience cumulée totale a été évaluée à plus de 3 milliards de téléspectateurs. Les Coupes du Monde sont donc une opération séduction à grande échelle favorisant la médiatisation, notamment télévisuelle, du rugby. Le phénomène est également observable à l’échelle locale. Ainsi, les résultats du XV de France aidant, la demi-finale France-Angleterre a été suivie par plus de 9,4 millions spectateurs (68% PDM) en 2003.
Le comité d’organisation doit donc intégrer ses données et commencer, deux ans avant l’échéance, à informer et à communiquer. Plusieurs manifestations sont d’ores et déjà prévues telles que des opérations de sensibilisation et anniversaires de clubs centenaires.
Peugeot, GMF, EDF et la Société Générale font partie des six partenaires mondiaux de l’International Rugby Board (IRB). Quels points communs pour ces sociétés ? Elles sont toutes françaises et très impliquées dans le sponsoring du rugby français. Les organisateurs peuvent se réjouir d’avoir avec eux des partenaires crédibles, actifs qui seront également de formidables relais d’opinion.
Dans les études d’audience, on relève une présence féminine importante parmi les téléspectateurs. On pourrait même parler de quasi-parité homme/femme (41%) lors de certaines affiches. Il y a donc là un vrai potentiel à creuser chez les institutions du rugby. On peut noter que le même phénomène a eu lieu lors de France 1998. Mais la concrétisation sur la durée semble difficile.

Vers quelle médiatisation ?

Afin d’élargir le débat, on peut se demander à juste titre quel est l’équilibre entre la médiatisation d’un sport et la possible dénaturation de celui-ci ? ou plutôt quel rapport d’équilibre y a t-il entre les chaînes de télévision qui proposent un spectacle à leurs téléspectateurs d’un côté, et les représentants du sport – sportifs, clubs, fédérations ?
Si l’on considère que faire évoluer les règles de certains sports pour les rendre plus spectaculaires lors de leur diffusion peut être valable, il ne peut sans doute pas en être autant à moyen terme si l’esprit du jeu et ses valeurs ont été oubliés et compromettent le renouvellement des licenciés, de l’élite pour finalement condamner ce sport. Comme pour tout, un certain équilibre est nécessaire.

Julien Hermetet

Sources : AFP, INA, La lettre de l’économie du sport, IRB, « Rugby d’ici, une manière d’être au monde » par Sébastien Darbon.
Crédit photo : IRB
En savoir plus : France 2007, IRB, LNR