Le tennis perd-il de son panache ?

 

Alors que la suprématie de Roger Federer est de plus en plus contestée, on assiste à l’avènement d’une nouvelle génération (ou « new balls ») emmenée notamment par Rafael Nadal et Novak Djokovic.

Pour autant, devrait-on être nostalgique des périodes marquantes « Borg – McEnroe » ou « Sampras – Agassi » ? Si d’aucuns invoquent un manque de spectacle dû à des joueurs moins charismatiques et davantage « programmés » pour gagner, la génération actuelle des 15/25 ans n’est probablement pas influencée par cette tendance à la nostalgie. Et pour cause : la majorité d’entre eux n’a vu que quelques images des batailles épiques de leurs aînés.

Dès lors, il est difficile de comparer ces deux époques tant il est important de replacer chacune dans son contexte. De même, il est difficile de comparer les cinq victoires de Roger Federer à Wimbledon avec son prédécesseur, Bjorn Borg. Les années 1980/1990 ont permis au tennis de se développer au point de devenir un réel effet de mode. Le nombre croissant de licenciés, à cette époque, au sein des fédérations nationales en témoigne. Depuis, d’autres activités sportives se sont développées et de nouveaux athlètes sont apparus.

Montée en puissance de la performance et manque de charisme

Aujourd’hui, le jeu a pris une autre dimension, tant au niveau physique, mental et technique que dans la qualité des produits proposés (raquettes, cordages…). Les athlètes sont donc, à ce jour plus performants, plus professionnels dans leur état d’esprit mais également mieux encadrés et protégés. La recherche de la performance absolue semble donc le but recherché, au détriment de la notion de plaisir, nettement plus privilégiée auparavant. En effet, les joueurs montrent moins leurs émotions, par crainte de montrer à leurs adversaires les signes d’une éventuelle faiblesse et essaient, au contraire, d’être imperméables à l’environnement extérieur, au public et à d’autres éléments qui pourraient contrarier le chemin menant à la victoire. Pour autant, le public n’a jamais été aussi désireux de voir un athlète partager ses émotions, sourire, pleurer, crier, se plaindre.Les spectateurs ne demandent au bout du compte une seule chose : vibrer et rêver !

L’exemple de Pete Sampras est assez parlant : avec le plus gros palmarès tennistique jusqu’à aujourd’hui, Pete Sampras à souvent été perçu comme un joueur au talent immense, mais trop peu démonstratif pour susciter un vif engouement autour de sa personne. Pour preuve, Pete Sampras n’a guère fait parler de lui en dehors du tennis et n’a pas souvent été la cible des médias people…À l’inverse, André Agassi a suscité un réel enthousiasme, tant par son comportement sur le court et ses grandes victoires que par sa vie en dehors du court (divorces, mariage avec Steffi Graf, fondation caritative…). On peut alors se demander si André Agassi n’a pas apporté davantage au tennis que Pete Sampras, malgré un palmarès moins florissant.

Autre exemple frappant : Roger Federer. Durant son adolescence et sa jeunesse, Roger Federer fut longtemps un joueur colérique, jetant sa raquette, pleurant après une défaite…Depuis, son ascension au sommet n’est que le fruit d’un talent immense conjugué à un travail conséquent mais également à un changement de comportement. Le joueur suisse est aujourd’hui réputé pour être maître de toutes ses émotions et irréprochable à tous niveaux. Un vrai gentleman…bien loin des colères répétées de John McEnroe ou des sautes d’humeur de Jimmy Connors.

Professionnalisation, évolution réglementaire et médiatisation

L’intérêt est donc de comprendre ces évolutions et de tenter d’en comprendre les raisons. De prime abord, faire partie de l’élite de son sport implique un contrôle de tous les paramètres. Dans un sport, tel que le tennis, où l’aspect psychologique est primordial - davantage au haut niveau - la maîtrise de soi et de l’être intérieur est indispensable. La théâtralisation de ses émotions à souvent été perçu comme un handicap à la réussite sportive. Alors qu’au plus haut niveau, les victoires se construisent parfois sur quelques points ou de très minces détails, mieux vaut donc maîtriser toutes les ficelles de la réussite. On assiste donc à la naissance de joueurs formatés, construits pour un but : la victoire.

La mise en place d’un règlement sportif, de plus en plus précis et restrictif sur les droits de chaque athlète, est un élément à prendre en compte dans l’évolution du tennis. En effet, le contrôle du temps entre les points, les sanctions ou suspensions pour propos vulgaires ou jets de balle ont incité chacun à canaliser ses émotions, à ne plus s’exprimer comme aurait pu le faire autrefois un certain John McEnroe, à la personnalité charismatique, à la fois haï ou idéalisé des foules. Il semble donc que les enjeux et règlements aient «assoupli» les personnalités de ces joueurs. Pour autant, tout sport a aujourd’hui besoin de personnalités charismatiques auxquelles un jeune adolescent pourra s’identifier et rêver! Gael Monfils est le porte-parole Français de cette jeune génération, véritable « showman » sur le court et à l’inverse, suscitant de nombreuses interrogations sur ces multiples changements d’entraîneurs.

Autre point à souligner : si le sport business a pris une dimension considérable, il n’en demeure pas moins important que le sport reste un spectale. Les athlètes ont donc un réel rôle à jouer en donnant davantage de leurs personnes, notamment aux médias de manière à créer une réelle proximité avec le public. Les athlètes ne doivent donc pas seulement êtres performants sur le court, mais se doivent également de faire la promotion de leur sport, en faisant parler d’eux et pas uniquement grâce aux résultats sportifs. L’instance dirigeante du circuit masculin professionnel, l’ATP est aujourd’hui consciente de cet enjeu et essaie de mettre en œuvre des initiatives visant à attirer l’opinion publique. L’exhibition passée entre Rafael Nadal et Roger Federer sur un court « mi-terre battue mi-gazon » en est une illustration éloquente.

Last but not least, le tennis business est toujours animé par le pouvoir des marques et d’équipementiers. Cependant, les marques sont aujourd’hui partagées entre le désir de sponsoriser des personnalités « sages » et d’autres plus « bad boys » susceptibles de commettre quelques dérapages sur le court ou en dehors. Un risque réel donc pour les marques qui verraient associer leur image à celle d’un joueur faisant davantage parler de lui pour ses « performances » extra-sportives que tennistiques. Une exposition non contrôlée pourrait donc être lourde de conséquence pour l’entreprise en termes d’image.

Sans tomber dans l’excès, un réel équilibre est donc nécessaire à trouver de manière à appréhender au mieux ce sport qui a besoin de ses stars ! Le tennis a en effet de beaux jours devant lui, comme en atteste cette nouvelle génération de champions, mais à la condition que ces derniers soient de vrais ambassadeurs de leur sport !

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Repères
Avec 1,1 million de licenciés, le tennis se situe au deuxième rang français derrière le football et se classe premier parmi les sports individuels. Il compte également 5 millions de pratiquants réguliers ou occasionnels.

Refonte du circuit masculin : les réformes de l’ATP critiquées par les joueurs

Photo Getty“On prend les mêmes et on recommence”. La 102ème édition du tennis Masters Series de Monte Carlo ressemble sensiblement à la précédente…et en plusieurs points. Oui, la finale oppose depuis 3 ans le Suisse Roger Federer à l’Espagnol Raphaël Nadal. Oui, le tournoi monégasque a, une nouvelle fois, été remporté par le joueur Espagnol, triple tenant du titre. Mais un autre point commun ressort de cette dernière édition…

Rappel des faits

Depuis septembre 2005, date de l’arrivée du Sud-Africain Etienne De Villiers à la tête de l’ATP, l’instance dirigeante du tennis professionnel masculin souhaite la mise en place d’une nouvelle architecture du circuit et a mis en place de nombreuses réformes, comme notamment la mise en place d’un système de poules “round-robin” ou encore la réduction du nombre d’épreuves de Masters Series, impliquant le déclassement du tournoi de Monte Carlo et de Hambourg de leur statut privilégié de “Masters Series”. Ceci afin de promouvoir la mise en place d’un Masters Series mixte Madrilène au mois de mai, préparatoire à Roland Garros et d’un tournoi de Shanghai - la Chine étant considérée comme un marché prioritaire.

“Nous envisageons de transformer le tennis professionnel masculin en un divertissement et une affaire qui s’appuient sur ce qui intéresse les fans, les joueurs, les organisateurs et les médias.” Etienne de Villiers, président de l’ATP

Manque de concertation

Ce projet fait donc l’objet de quelques réunions, organisées entre la direction de l’ATP et les joueurs mais la qualité d’écoute est jugée très décevante par l’ensemble des athlètes. En Avril 2007, les organisateurs du tournoi de Monte Carlo Country Club ont engagé une “action antitrust”, contre l’ATP et de nombreux joueurs, dont Roger Federer et Rafael Nadal, en première ligne. Les deux premiers joueurs mondiaux se sont mobilisés pour apporter leur soutien au maintien du tournoi monégasque dans la catégorie Masters Series et s’élever contre les décisions du président de l’ATP, Etienne de Villiers en soulignant alors les “ratés” de la gouvernance mondial. Les principales revendications contre le plan de restructuration émis par l’ATP tiennent en quelques points :

  1. Refus de laisser l’ATP imposer aux joueurs quels tournois ils doivent disputer (sous peine de pénalités en cas de retrait) ;
  2. Refus de la réduction du nombre des Masters Series sur terre battue ;
  3. Refus de la réduction de 8% du nombre de points accordés sur terre battue ;
  4. Refus du déclassement de certains tournois comme Monte-Carlo ou Hambourg.

Suite à cette pétition, le Masters Series de Monte-Carlo trouvait finalement fin juillet 2007 un terrain d’entente avec l’ATP, qui annonçait que le tournoi conserverait son statut de Masters Series. En revanche, si Monte Carlo garde le sourire, les organisateurs du tournoi de Hambourg devraient voir leur statut évoluer…

Bronca des joueurs

Une fois n’est pas coutume, lors de la dernière édition qui s’est achevée dimanche 26 Avril 2008, Rafael Nadal est sorti de sa réserve. L’Espagnol n’apprécie pas la décision prise par de raccourcir de 6 à 5 semaines la saison sur terre battue, sans même avoir consulté l’avis des joueurs.

“Beaucoup de joueurs pensent que les choses ne peuvent plus continuer comme cela. L’ATP veut aller trop vite, les décisions prises ne vont pas dans le bon sens, et l’information n’est pas satisfaisante. Nous apprenons les projets de réforme sans avoir le temps de réagir.”

Invoquant l’impossibilité de maintenir un haut niveau de jeu pendant 4 semaines, l’Espagnol a vivement critiqué vendredi les changements du calendrier ATP qui contraignent les joueurs engagés à disputer trois Masters Series (Monte Carlo, Rome, Hambourg) en l’espace de quatre semaines avec le tournoi de Barcelone, également au programme de l’Espagnol.

Nadal accuse l’ATP de “détruire” le circuit européen en imposant un calendrier trop serré pour les tournois en terre battue et se dit même prêt à faire l’impasse sur le tournoi allemand. Même si Raphael Nadal sait que ses propos n’auront pas une grande incidence sur l’aménagement du calendrier, il n’envisage pas d’abdiquer.

Dans une lettre ouverte à l’ATP, 16 des 20 meilleurs joueurs mondiaux ont exprimé leur souhait de ne pas renouveler le mandat du Président de l’ATP qui doit arriver à échéance à la fin de cette année… Très critiqué pour son inexpérience du monde du tennis, cet ex-dirigeant chez Disney, a développé sa stratégie de réorganisation en se basant sur le rapport d’une société de consultants, avec pour objectif finale de séduire les médias et générer un vrai business autour des joueurs, malheureusement considérés comme de simples produits…

Une nouvelle tête, venant du tennis, aux manettes de l’ATP serait-elle mieux adaptée ? Pour Toni Nadal, cela ne fait aucun doute… Prochain épisode au mois de décembre.

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