Lagardère opère un virage stratégique dans le sport et les nouveaux médias

Lagardère Media ActiveAvec le rachat de Sportfive et de Newsweb, Lagardère réalise une intégration verticale dans la chaîne de valeur du sport. Mais, plus globalement, il permet à son groupe de se repositionner, de se réorganiser et d’intégrer les nouveaux médias dans la stratégie du groupe

Lagardère est déjà présent dans le monde du sport via des contrats de sponsoring dans le tennis (tournoi de Roland Garros) et dans le judo. Avec le Team Lagardère dont l’objectif est de favoriser l’émergence de futures étoiles grâce à un suivi sur les plans technique et scientifique, Lagardère est l’instigateur d’un sponsoring original.

En acquérant 100% de Sportfive, l’agence leader des droits sportifs du football européen, pour 865 millions d’euros, Lagardère accède à un marché stratégique, qui plus est porteur, tant dans les droits médias et marketing que dans les droits Internet & mobile. De plus, il renforce le savoir-faire publicitaire du groupe, ainsi que son réseau international.
Avec le rachat de Newsweb, un des leaders dans l’information sportive, automobile et boursière en France pour 74 millions d’euros, le groupe Lagardère met la main sur un expert de la vente de contenus éditoriaux et d’espaces publicitaires sur Internet.

Ces deux acquisitions récentes valident la stratégie de croissance externe de Lagardère – qui ne fait que débuter ? – l’objectif étant de mutualiser les actions et de faire bénéficier au groupe d’une réelle expertise dans le numérique et la publicité online. C’est dans cette optique qu’une réorganisation du groupe s’est imposée : Hachette Filipacchi Médias (HFM) et Lagardère Active deviennent Lagardère Active Media. La nouvelle entité aura pour objectif de regrouper sous une seule et même bannière toutes les activités presse, radio, TV et new media. Avec cette réorganisation, la création de directions marketing et numérique transversales et le recrutement d’anciens de l’opérateur mobile Orange (Didier Quillot et Julien Billot), l’évolution du business model par une intégration du numérique n’est pas un vain mot.

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Tags technorati: lagardere, nouveaux medias, sportfive, newsweb, sport

Ligue 1 : Orange a les droits !

Suite à l’appel d’offres concernant les droits mobiles de la Ligue 1 et Ligue 2, Orange remporte les deux lots :“un premier lot relatif à la diffusion d’extraits des matches en quasi-direct et en léger différé et un deuxième lot relatif à des magazines portant sur des résumés des matches et des best of” (source : LFP).

En concurrence avec SFR et eTF1, la Ligue de Football Professionnel a préféré l’offre financière d’Orange, plus conséquente. Le montant global des droits mobiles équivaut à 29 M€ par an et couvre la Ligue 1 (2006-07 et 2007-08) et la Ligue 2 (2006-07). Les enchères pour les lots 1 et 2 ont respectivement été de 24 et 5 M€.

Le Président de la LFP, Frédéric Thiriez, se félicite de cette inflation des droits qui permet à la France de se mettre au niveau de ses partenaires européens. Par exemple, en Angleterre, les droits mobiles pour la Premier League atteignent les 30 M€ annuels.

Pour Orange, l’acquisition des droits est essentielle pour promouvoir son offre de services mobiles et attirer de nouveaux clients. Et le football, notamment la Ligue 1, est un beau produit. Enfin, n’oublions pas que SFR possède les droits de l’Equipe de France, ce qui constitue un argument de vente dans l’optique de la Coupe du Monde en Allemagne.

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Le p’tit + : Pour faire le point sur les nouveaux médias et leurs enjeux (applications, business model…), je vous invite à lire l’article “Télévision mobile : enjeux et perspectives”. Et allez donc bloguer chez Services Mobiles et Serial Wireless pour en savoir plus.

En savoir plus : Orange, LFP

Canal+ / TPS : un mariage de raison

Dans un entretien accordé le 15 décembre 2005 à l’Est Républicain, le Président de la Ligue de Football Professionnel (LFP), Frédéric Thiriez, est revenu sur l’un des principaux dossiers en cours.

Alors que les actionnaires de Canal+ et TPS réfléchissent à une fusion des deux bouquets satellites, M. Thiriez considère ce possible rapprochement comme “logique” compte tenu de la concurrence des nouveaux entrants — les fournisseurs d’accès à Internet et les opérateurs de télécoms. Rappelons à ce sujet que, l’an passé, lors de la procédure d’appel d’offres des droits TV de la Ligue 1, France Télécom avait déjà déposé un dossier de candidature. Face à cette nouvelle concurrence, “la fusion des bouquets est d’une logique industrielle indiscutable”.

Quant à une probable baisse des droits — on se souvient qu’en 2004, la concurrence féroce entre les deux bouquets avait contribué à une surenchère des droits finalement décrochés par Canal+ (droits TV 2005-2008 à raison de 600 millions d’euros par saison), surenchère bénéfique pour les clubs professionnels et du monde amateur puisqu’elle constitue l’essentiel de leur financement –, le Président reste optimiste et assure que la LFP “continuera à défendre énergiquement ses droits”. En fait, la concurrence semble simplement s’être élargie et déplacée sur le terrain des nouveaux médias.

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En savoir plus : LFP, Canal+, TPS
Crédit photo : AFP

Adidas-Reebok, un couple complémentaire

Adidas-ReebokIl y a un mois, le 3 août 2005, le groupe allemand Adidas-Salomon, deuxième équipementier mondial, annonce qu’il acquiert le numéro 3 du secteur, l’Américain Reebok, sous forme de rachat d’actions. L’opération, d’un montant de 3,1 milliards d’euros, devrait être finalisée au printemps 2006.

Le maître-mot de la fusion Adidas-Reebok est « complémentarité ». Celle-ci apparaît à la fois de manière implicite mais également de façon explicite. La photo des deux PDG échangeant leurs produits-phare – un ballon de football pour Adidas et un ballon de Football Américain pour Reebok – est, à elle seule, emblématique. Car ces deux produits sont représentatifs de l’influence géographique de ces deux marques. Bien que talonnée par Nike, la marque aux trois bandes domine un sport européen tel que le football : équipement d’équipes européennes de renom (Real Madrid, Milan AC, Bayern Munich, Olympique de Marseille…) et de sélections nationales (France, Allemagne, Espagne…). De même, l’influence de Reebok dans les sports majoritairement américains (Football US, basket-ball) est patente : elle est l’équipementier officiel des équipes de la National Football League et possède des licences pour certains produits en NBA. La complémentarité semble valable tant sur le plan géographique que sur le plan des sports sponsorisés.

Le marché américain attire les convoitises

Reebok réalise plus de la moitié de son chiffre d’affaires aux Etats-Unis (52% en 2004). En revanche, le groupe Adidas-Salomon réalise plus des trois quarts de son CA à l’international. Le groupe est particulièrement bien implanté en Europe et en Asie. Mais c’est sur le continent nord-américain que le bât blesse pour Adidas : il recueille à peine 9,1 % des parts sur le marché des chaussures de sport en 2003, quand, dans le même temps, Reebok atteint 12,5% et Nike domine littéralement avec plus de 36%. La nouvelle entité Adidas-Reebok aura pour tâche de vérifier l’adage « l’union fait la force ». Le pouvoir de négociation auprès des fournisseurs, des distributeurs, des régies publicitaires, etc. devrait a priori leur être plus favorable. Il est plus facile de négocier lorsqu’on détient quasiment 22% du marché que 12, 5%. Une des principales raisons de la volonté d’Adidas de se marier avec Reebok et pas un autre (Puma, New Balance, Asics) réside dans le fait que ce dernier possède à la fois une parfaite connaissance du marché américain mais surtout une forte implantation. Celle-ci est essentielle si l’on tient compte du fait que le marché de la chaussure et des articles sportifs aux Etats-Unis est le premier au monde et qu’il représente environ 45% du CA mondial. Renforcer sa présence sur le marché américain s’annonce donc comme une évidence pour Adidas. D’autant plus que, face au manque de dynamisme en Europe, le marché outre-atlantique fait preuve d’un fort potentiel de croissance. Lorsque Paul Fireman, le PDG de Reebok, annonce qu’« Adidas est le partenaire idéal pour Reebok », compte tenu de ce que nous avons dit plus haut, on peut penser que la réciproque est également vraie. Adidas compte en effet s’appuyer sur Reebok pour pénétrer le marché US.

Le « streetwear », un marché en pleine croissance

Si Adidas est réputé pour la qualité techniques de ses produits, il ne s’est pas encore imposé dans la rue. La gamme de produits « Originals Adidas» tente de répondre à cette nouvelle attente des consommateurs. Il faut cependant du temps pour que les mentalités évoluent et qu’Adidas soit crédible sur le marché du « streetwear». L’emploi de leaders d’opinion peut en tout cas accélérer la tendance. Pour Reebok, la démarche est tout autre. Au départ, c’est dans le fitness que la marque possède une vraie crédibilité. Ce n’est qu’au début des années 90 qu’elle a résolument pris le parti d’être une marque de sport. Historiquement, Reebok a donc plus de facilités dans les produits « lifestyle ». Le succès de sa ligne de vêtements griffés « Rbk » montre à la fois le potentiel et la réponse aux attentes.

Alors que les consommateurs de produits Adidas sont plutôt masculins, la clientèle de Reebok est majoritairement féminine. Lorsqu’on sait que 45% des femmes pratiquent un activité sportive, le marché du sport dispose d’un potentiel de croissance chez les femmes. Mais celles-ci recherchent un compromis entre la performance technique des produits et leur look. Ici, on rejoint le paragraphe précédent où les femmes sont peut-être plus sensibles à des produits « streetwear ». Finalement, on perçoit la complémentarité possible entre les gammes et entre les cibles des deux marques. On remarque également ce que Reebok peut apporter à Adidas en terme de savoirs et de savoir-faire.

Adidas se donne les moyens de rattraper Nike

Sur le plan économique, l’association Adidas-Reebok présente d’indéniables avantages. Nous avons déjà évoqué un plus grand pouvoir de négociation. Des économies d’échelle sont également possibles, avec par exemple, une mise en commun des achats. L’aspect technologique n’est pas à oublier. Les départements Recherche & Développement des deux firmes peuvent concentrer leurs efforts pour plus d’efficacité et d’originalité.

Au niveau de l’image, le nouveau groupe jouit d’un portefeuille de sportifs bien fourni. Aux athlètes sous contrat avec Adidas – Zinedine Zidane, David Beckham, Justine Henin-Ardenne, Marat Safin – s’ajoutent les sportifs signés par Reebok, les stars du basket NBA – Allen Iverson, Yao Ming – et du tennis mondial, Andy Roddick et Amélie Mauresmo. Notons également que Reebok équipe le FC Liverpool, récent vainqueur de la Ligue des Champions, qui a battu en finale le Milan AC équipé lui par un certain… Adidas. En tous les cas, il est intéressant de constater que le nouveau portefeuille de stars est remarquablement diversifié, tant par les sports couverts que par l’influence géographique de ces athlètes. Par exemple, le Chinois Yao Ming et l’Anglais David Beckham bénéficient d’une très forte notoriété en Asie, un marché très prometteur.

Dans la hiérarchie mondiale des fabricants d’articles de sport, la fusion Adidas-Reebok change la donne. Certes, le nouveau groupe ne rattrape pas Nike, le leader incontesté depuis 20 ans. Avec plus de 12 milliards d’euros de résultats en 2004, Nike devance toujours le duo qui atteint 8,9 milliards (dont environ 60% pour Adidas seul). Mais le groupe se donne les moyens pour y arriver. Pour Paul Fireman, Adidas-Reebok est « en mesure d’offrir un meilleur portefeuille de marques mondiales qui répondent véritablement aux besoins des consommateurs actuels et futurs ».

Quelles perspectives pour la nouvelle entité ?

Si la fusion des deux marques en une seule n’est pas à l’ordre du jour, le risque de ratage n’est pas nul pour autant. On sait par expérience que réussir une fusion-acquisition est difficile, a fortiori lorsque les entreprises appartiennent à deux cultures différentes. Pour Adidas-Reebok, il s’agira de retenir les leçons des déboires de Daimler Chrysler, où Daimler a notamment manqué d’humilité envers son partenaire américain. En ne traitant par sur un pied d’égalité (même si c’était bien Daimler qui rachetait Chrysler) et en sous-estimant les différences culturelles, notamment en terme de management, les employés du constructeur de Detroit se sont braqués avec pour conséquence de faire de la fusion un demi-échec. Les fusions réussies existent également comme en témoigne l’Alliance Renault Nissan. Le succès mis en place par Carlos Ghosn reposait entre autres sur la formation de petites équipes, transversales et multi-culturelles mais aussi sur un respect mutuel de l’autre. Si les différences culturelles entre la France et les Etats-Unis ne sont peut-être pas aussi fortes qu’entre la France et le Japon, elles ne sauraient en aucun cas être sous-estimées, le facteur humain restant décisif comme toujours dans les fusions.

Pour le deuxième groupe mondial d’équipement sportif, un objectif commun motivant serait de rattraper Nike. Objectif difficile s’il en est car la firme de Beaverton est constamment innovante et très réactive. Pour réussir ce pari, Adidas-Reebok devra augmenter sérieusement ses ventes aux Etats-Unis – et dans une certaine mesure en Asie – et profiter au mieux des moteurs de croissance du marché de la chaussure et des articles de sport, à savoir le « streetwear » et le « women’s business ».

J. H.

Sources : Sites Internet d’Adidas, Reebok, Nike, SportGuide, Sporting Goods Intelligence, AFP.
Crédit photo : PressNews.net