Comment rendre la Ligue 1 plus spectaculaire ?
L’ancien sélectionneur national Michel Hidalgo a récemment remis un rapport à la Ligue Professionnelle de Football (LFP) afin de relancer l’attractivité du Championnat. Il faut dire que le constat est relativement inquiétant : la moyenne de buts marqués par rencontre en Ligue 1 est la plus faible des Championnats européens majeurs avec 1,97 but. De plus, notre Championnat manque cruellement de buteurs qui… marquent ! Actuellement, les 5 meilleurs goleadors français totalisent 56 buts alors qu’en Allemagne, Angleterre, Espagne et Italie, on atteint respectivement 66, 80, 71 et 87 buts. Le buteur serait-elle une espèce en voie de disparition en France ? La départ de joueurs tels que Cissé ou Drogba hors de nos frontières pénalise évidemment les vélléités offensives des clubs et l’intérêt global d’une rencontre. Je ne parlerai pas ici de l’exode des jeunes footballeurs formés dans les clubs français, ni des différences structurelles de moyens financiers entre les clubs français et européens, ni des moyens qui pourraient les gommer — l’option boursière souvent évoquée n’est certainement pas la panacée ; le caractère aléatoire du sport devant être pris en compte, une diversification des revenus doit être mise en place.
Parallèlement à la crise du but, il y a la crise du jeu. On parle généralement de catenaccio pour évoquer la défense italienne. Pourtant, ce jeu assez fermé pourrait plutôt s’appliquer à la Ligue 1 où l’objectif est souvent de défendre et de ne pas prendre de buts. Cette frilosité s’explique à la fois par la pression des dirigeants de clubs mais également par la situation précaire des entraîneurs — engagés en CPE ? — qui préférent ne pas perdre un match à défaut de prendre des risques démesurés pour l’emporter ; l’homogénéité des clubs — favorisant naturellement des matches équilibrés — étant ici un facteur aggravant.
Afin d’anticiper une désertion des stades et une baisse des audiences TV, de relancer l’intérêt du Championnat et de favoriser le spectacle, Michel Hidalgo a donc fait 6 propositions en insistant notamment sur l’obligation d’un changement d’état d’esprit : “Condamnons le 0-0″, “Il faut inculquer une vraie culture de la gagne.” Réunis en séminaire, 3 formules ont eu les faveurs des présidents de clubs pour réformer le barème des points. Le point commun de ces formules est de récompenser les clubs qui marquent des buts, fussent-ils gagnants ou perdants, et donc d’améliorer le spectacle.
Le football étant un spectacle comme un autre, les règles du jeu doivent évoluer — comme le font les autres sports — pour favoriser sa médiatisation et son caractère spectaculaire. Pour raccourcir la durée des matches et les rendre plus attractifs, le tennis a ainsi mis en place le tie-break et évolue encore aujourd’hui avec les expérimentations en double (tie-break à 5 jeux partout et suppression de l’avantage après 40 A). En Formule 1, de nouvelles règles sont (trop ?) régulièrement adoptées pour garantir le suspense et l’intérêt pour le Championnat, avec plus ou moins de succès. Plus récemment, le rugby a mis en place un système de bonus avec notamment 1 point de plus pour 4 essais et plus (gagnant et perdant).
Sans remettre en cause le travail de Michel Hidalgo et l’intéressant débat qu’il suscite, il serait intéressant de voir les règles déjà établies respectées sur le terrain. Les tirages de maillot dans la surface de réparation sont rarement sanctionnés par les arbitres, ce qui pénalise les attaquants. De plus, n’y a-t-il pas un certain laxisme dans les sanctions — surtout si l’on compare avec les matches UEFA — ? Enfin, un spectacle d’un certain niveau est possible si certaines conditions sont réunies. La météo actuelle montre à l’évidence qu’il existe un réel problème quant à la qualité des terrains et plus généralement quant à l’organisation d’un calendrier déjà surchargé.
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Cédric Puisney said
am March 16 2006 @ 11:31 am
Problématique très intéressante qui s’applique a fortiori à la Formule 1. Peut-être un autre article complémentaire en perspective?
Amélie said
am March 17 2006 @ 12:00 pm
Salut !
Analyse très intéressante :o)
J’ai quand même une question à deux balles : entre un match à sens unique et sans grande technique avec un score de 5-0 et un match très disputé avec une score de 0-0, tu choisis quoi?
Bonne continuation!
Une IECS-ienne émigrée au Japon
Julien Hermetet said
am March 17 2006 @ 12:32 pm
> Cédric : pourquoi pas… la question de l’évolution des règlements pour mieux coller au format TV et à la demande du public est à la fois vaste et très impliquante pour le sport concerné. Et la Formule 1 en est un des meilleurs exemples.
> Amélie : Salut ! Merci pour ton commentaire. Je comprends bien ta question qui est tout à fait pertinente ! Entre voir du beau jeu et voir des buts, que faut-il choisir ? Cruel dilemme. Mais je te dirais qu’un match avec des buts est plus vendeur en termes d’image. Au final et avec le recul, c’est des buts que l’on se souviendra et non de l’intensité du match. Parallèlement à cela, c’est lorsqu’une équipe marque que se met en place le côté dramatique, que les supporters se font encore plus entendre, etc.
Les rencontres qui se soldent par un score sévère sont souvent à sens unique… Concernant les matches disputés avec un score nul et vierge, tu soulignes là une spécificité de la Ligue 1 à savoir la relative homogénéité des équipes ce qui garantit un certain équilibre, avec ses avantages mais aussi ses inconvénients ; les clubs adoptant souvent une attitude (trop ?) défensive.
Bonne continuation à toi au pays du Soleil Levant
Vincent said
am March 18 2006 @ 2:21 pm
Pour répondre à Amélie et compléter l’auteur, je dirai aussi que marquer des buts est un vrai bonheur pour le buteur, son équipe et son staff mais aussi pour tous les supporteurs. C’est un facteur de confiance et de plaisir qui attirent du monde dans les stades et à la TV. Quelle déception de rentrer d’un stade de foot où le match s’est soldé par un score vierge (même s’il y a eu du bon jeu).
Récompenser les équipes qui marquent c’est une bonne idée mais est-elle suffisante? Il y a déjà des primes pour les joueurs pour chaque but marqué mais ca ne suffit pas à voir plus de buts on dirait.
On a l’impression que c’est vraiment une spécificité française car je me suis amusé à comparer le nombre de matchs au score de 0-0 entre différentes ligues européennes. En 29 journées, il y a eu en Angleterre 22 matchs 0-0 et 25 en Italie. La France, elle, compte 40 matchs finis à 0-0 soit presque le double des autres nations citées!!!
Il faudrait aussi comparer le nombre total de buts marqués entre les différents championnats mais là c’est un peu long à calculer.
Donc je pense comme l’auteur qu’il manque quelque chose à la ligue Française et moi je dirai que c’est surtout des buteurs! Les autres raisons invoquées influencent peu pour moi, il y a autant de tirages de maillots ailleurs, le temps est aussi mauvais en France qu’en Allemagne, Angleterre voire Russie, ce qui n’empêche de voir des buts dans ces pays.
Julien Hermetet said
am March 18 2006 @ 3:42 pm
> Vincent : merci pour ta large contribution !
Quand je parle de météo ou d’un calendrier, je pense en effet que c’est un frein au beau jeu, mais pas aux buts. Le problème est donc double : les équipes qui ne prennent pas assez de risques pour marquer et des buteurs qui ne marquent pas assez.
Comme le dit Drogba dans le rapport Hidalgo lorsqu’il compare la Ligue 1 et la Premier League : “c’est l’état d’esprit surtout qui est différent”. Ce sont donc les mentalites qu’il s’agit de faire évoluer. La carotte — le bonus pour la prime à l’offensive — suffira-t-elle ?
D'G said
am March 21 2006 @ 11:23 am
Je suis plutôt d’accord avec Vincent et l’auteur… je me permets d’emettre un doute sur une éventuelle “prime de but” supplémentaire, dans la mesure où je ne suis pas certain, avec les salaires que se font les joueurs, que la carotte “Euro” soit la solution. Je me demande même si ce ne serait pas totalement “indescent”, vis à vis du public, de permettre qu’un joueur se dise : il faut que je marque, ça va arrondir mes fins de mois…
Pour la note humoristique, je ne trouve pas sur les derniers matchs que l’OL soit en manque de but… (hum…)
Julien Hermetet said
am March 21 2006 @ 11:48 am
> D’G : il y a deux championnats en un. Alors que les 19 autres équipes jouent en Ligue 1, Lyon joue tout seul dans son Championnat : 2 matches gagnés sur 3, 55 buts marqués (1ère attaque) pour 22 encaissés (3è meilleure défense)…
Pourtant, le phénomène n’est pas isolé en Europe où le Barça, la Juve, Chelsea et le Bayern Munich dans une moindre mesure, écrasent leurs Championnats respectifs ; le dauphin étant relégué à une dizaine de points.
D'G said
am March 21 2006 @ 5:29 pm
tu viens de justifier en 4 lignes l’existence d’une ligue des champions, où tous ces rouleaux compresseurs dans leur pays respectifs se rencontrent.
Julien Hermetet said
am March 21 2006 @ 5:44 pm
> D’G : l’intérêt de la Champions League est grand chez les spectateurs comme chez les sponsors car ces rencontres entre “rouleaux compresseurs” pourraient toutes être des affiches de finale.
On pourrait élargir le débat : si le succès de la compétition en termes d’audience et de spectacle est avéré en Ligue des Champions, que penser de la Coupe UEFA et a fortiori de la Coupe Intertoto ?
Denis said
am March 25 2006 @ 3:16 pm
Bravo Julien pour la qualité de ton blog en général, et de tes analyses en particulier…
Ceci dit, voici quelques réflexions d’un béotien:
- tu dis fort justement que les règles du jeu devraient évoluer. C’est un voeux pieux qui malheureusement tomberas dans les oreilles un peu sourdes des dirigeants de la fédération internationale: ils sont sclérosés, frileux et bien sûr d’un autre siècle. Mais s’ils ne veulent toucher à rien, on peut se passer d’eux car les règles exitent et ils suffirait que les arbitres les appliquent différement:
la règle la plus “buticide” est celle du hors-jeu: il n’y a pas de match sans qu’un attaquant ne soit injustement stoppé
alors qu’il partait seul vers le but ou que le but soit refusé sans raison. La statistique précise serait intéressante à établir et pourrait faire l’objet d’une recherche pour un étudiant en STAPS, mais j’estime le déficit à une moyenne de 2 buts par match. Des millions de téléspectateurs se rendent compte de l’erreur d’arbitrage grâce au “révélateur” et toujours pas question d’arbitrage vidéo au XXIème siècle. L’injustice en sport comme ailleurs, ça chauffe le bonnet.
-autre règle coupable, celle de “l’avantage”:l’arbitre ne revient quasiment jamais à la faute et quand celà arrive les commentateurs ne tarrissent pas d’éloge tellement ils en sont surpris. Pourquoi là aussi ne pas prendre exemple sur le rugby: l’arbitre lève le bras pour une faute, le maitient un temps raisonnable à son estimation et s’il n’y a pas avantage, revient normalement, et avec justice là encore, au point de départ.
-3ème règle baffouée à revoir: la protection du ballon par les défenseurs pour laisser le ballon sortir du champ de jeu.
C’est un acte d’anti-jeu caractérisé admis stupidement par l’usage et qui réduit les munitions des attaquants.
Il y a encore d’autres points énervants qui me grattent, mais je m’arrête là pour ne pas encombrer.
Encore bravo pour ton travail
Julien Hermetet said
am March 26 2006 @ 5:00 pm
> Denis : tout d’abord, merci pour ta participation ! C’est clair qu’il existe une certaine rigidité des institutions du football. Pourtant, si un désintérêt commence à apparaître et à croître, il faudra bien faire évoluer les règles du jeu sans attendre qu’il ne soit trop tard. Certains fédérations nationales et internationales ont su — ont dû ? — s’adapter pour rendre leur sport plus télévisuel et spectaculaire.
De plus, si l’on prend l’exemple du Top 14, il est intéressant de voir l’arbitre expliquer ses sanctions, de le voir faire appel à la vidéo en cas de besoin et surtout de voir qu’il jouit d’une réelle autorité. Le contraste est fort avec le football — plus de médiatisation, plus d’enjeux financiers — où toutes les décisions arbitrales sont systèmatiquement contestées. A mon avis, cela ne crée pas un climat très sain. Concernant la vidéo, il s’agit d’un sujet complexe dont je ne maîtrise pas tous les tenants et aboutissants. Mais je pense qu’elle peut être utile en complément. Et encore, il ne faudrait pas tout attendre de la vidéo. Que faire lorsque, même avec tous les angles de caméra, l’image n’est pas exploitable ou l’action n’est pas visible ? Le respect des règles du jeu actuelles devrait suffire à favoriser le jeu mais encore faudrait-il les faire appliquer !