Lutte anti-dopage : les raisons d’espérer

AMA
Suite aux récentes analyses positives de Puerta dans le tennis – et du tennis argentin en général (Coria et consorts) – et suite aux soupçons et à de réguliers contrôles positifs dans le cyclisme, on est droit de se demander où nous en sommes dans la lutte anti-dopage. Cette lutte est essentielle compte tenu du fait qu’elle met tous les sportifs sur un pied d’égalité. Certains sont-ils plus égaux que d’autres ? La question se pose notamment dans le cyclisme, sport surhumain par excellence.

L’affaire Armstrong

Prenons le cas des analyses d’urine d’Armstrong. Petit rappel des faits : en 2005, un laboratoire indépendant réputé effectue des tests d’échantillon B sur des coureurs du Tour 1999. On apprend par le journal l’Equipe que six échantillons différents sont positifs à l’EPO et appartiennent au Vainqueur du Tour de l’année en question. Dans cette histoire, plusieurs choses m’interpellent. Pourquoi est-ce un journal et non l’Agence Mondiale Anti-Dopage (AMA) qui annonce les résultats ; journal qui, par ailleurs fait partie du même groupe que l’organisateur du Tour de France. On peut se demander pourquoi ces révélations interviennent à peine quelques semaines après le Tour, et pas avant ou pendant… Passons. Ce qui m’interpelle encore plus c’est la gestion frileuse de la situation par l’Union Cycliste Internationale (UCI) : minimisation des faits, protection du coureur, etc. Même si les tests réalisés par le laboratoire n’ont qu’une valeur expérimentale, l’AMA par la voix de son président Richard Pound, au contraire de l’UCI, veut faire toute la lumière sur l’affaire Armstrong et cherche toutes les voies possibles pour obtenir sa condamnation. A la question « êtes vous optimiste pour l’avenir du cyclisme ? » (sondage l’Equipe.fr du 12 octobre 2005), les internautes répondaient par la négative à 76%. C’est peu dire que la tâche est immense pour combattre la morosité ambiante dans le monde du vélo.

Une multiplicité des parties prenantes

L’UCI en soutenant d’une certaine manière un coureur reconnu de dopage fait une grave erreur. Le dopage est une tricherie. Si l’institution internationale elle-même couvre des coureurs tricheurs, elle est elle-même complice, perd sa crédibilité auprès des observateurs, public, sponsors, etc. Au final, c’est la perte de l’esprit du sport et donc son extinction.
Mais attention, les parties qui peuvent être mêlées de près ou de loin au dopage sont multiples : sportifs, fédérations/clubs, sponsors, institutions sportives, médias, organisateurs d’événement. Cependant, ne nous y trompons pas. Il ne s’agit pas de trouver un bouc-émissaire ce qui ne ferait que de passer à côté du problème mais bien de déterminer les responsabilités de chacun, car elles sont souvent partagées.

L’AMA, une autorité crédible

Dire que le cyclisme est devenu un sport propre en seulement l’espace de quelques années est un leurre. Certains sponsors ou fédérations ne reculent en effet devant rien pour tricher. Cette vision à court terme condamne leur sport à moyen terme. Les enjeux économiques sont énormes mais tout le monde est perdant à l’arrivée si le sport en question disparaît. D’où l’importance d’une autorité extérieure indépendante qui puisse réguler et punir les tricheurs.
La politique dans ce domaine est la fermeté mais pas la tolérance zéro : en effet, ceux qui ont été reconnus de dopage doivent purger une période de suspension mais ont droit à une seconde chance. Les récidivistes, en revanche, sont suspendus à vie.
Pourquoi ne pas éradiquer le problème du dopage en amont ? Deux voies sont possibles : d’une part, en recherchant et condamnant les laboratoires pharmaceutiques (cf .affaire Balco dans l’athlétisme US) fabricant des substances dopantes ; les laboratoires ayant toujours plusieurs années d’avance sur les autorités. Cette lutte suppose un budget important pour être efficace. Le déséquilibre entre les laboratoires et leurs bailleurs de fond, et les autorités anti-dopage ne joue pas en faveur de l’AMA. D’autre part, un travail de prévention et d’éducation est nécessaire dans les clubs et les fédérations pour accompagner les jeunes et punir sévèrement les tricheurs. L’appât du gain et du succès est souvent une bonne raison mais il faut également montrer à ces jeunes les conséquences du dopage à haute dose sur l’organisme.
Une troisième voie peut être intéressante : à l’instar des tests sur les échantillons B d’Armstrong réalisés a posteriori – lorsque l’on peut dépister les substances interdites – pourquoi ne pas entériner dès lors un texte afin de condamner un sportif de manière rétroactive, histoire de décourager les tricheurs potentiels.

En 2004, « Le Code mondial antidopage a en effet été mis en place par les organisations sportives avant les Jeux olympiques d’Athènes. Ce Code garantit pour la première fois que les règles et règlements concernant la lutte contre le dopage soient les mêmes dans tous les sports, assurant une véritable égalité de traitement aux sportifs ». Des raisons d’espérer ? Affaire à suivre.

Julien Hermetet
Le Blog du sponsoring sportif

En savoir plus : site Internet de l’AMA

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